Another one bites the dust
Dommage, c'Ă©tait mon roman đ
Mon troisiĂšme roman est sorti le 07 mai, et jâai dĂ©jĂ lâimpression dâen avoir fait le deuil.
Pas celui de son contenu, de ce quâil raconte et porte, car je suis fiĂšre de tout ça, mais celui de son avenir. Il est trop tĂŽt pour dire que câest un flop, et je ne considĂ©rerai jamais aucun de mes textes comme des Ă©checs, car je sais que jâai personnellement accompli quelque chose avec chacun dâeux, mais⊠Il est temps, et ce, depuis mĂȘme avant sa sortie, dâaffirmer quâil tombe dans la grande catĂ©gorie des titres de fonds de catalogue.
On diffĂ©rencie deux grosses catĂ©gories de titres : ceux Ă enjeux, et les autres. Les premiers, ce sont ceux qui sont vĂ©ritablement mis en valeurs, ceux quâon voit et dont on entend le plus parler. Ceux sur lequel parient le plus les maisons dâĂ©ditions, ceux quâelles poussent. Ceux qui ont droit Ă des moyens de promotion et de marketing plus importants, et qui, immanquablement, sont plus mis en avant une fois sorti.
Tout le monde en rĂȘve, au moment de signer, et souvent, on nous promet monts et merveilles, et malgrĂ© la prudence⊠difficile de ne pas au moins y croire un peu. Mais la rĂ©alitĂ© du milieu de lâĂ©dition, comme beaucoup de sphĂšres artistiques, câest quâil y a dĂ©jĂ peu de places en termes de publication pure, et encore moins parmi le tout petit pourcentage dâĆuvres qui fonctionneront et/ou Ă qui on fournit la chance de rayonner vraiment (et souvent, les deux vont de pairs). Avec les rĂ©seaux, comme on ne parle que de ses succĂšs, on peut avoir une sorte dâeffet loupe, Ă ne zoomer que sur les succĂšs, les rĂ©impressions, les salons bondĂ©s, les file dâattente en dĂ©dicace, les vidĂ©os en mode started from the bottom now weâre here, au point quâon peut parfois en oublier que la majoritĂ© des romans qui paraissent sont ces âautres.â
Et comme mes précédents, Best case scenario fait partie de cette catégorie.
â€ïžâđ©č Ătat des lieux.
Comment sait-on quâon est titre Ă enjeux ? Difficile de rĂ©pondre Ă cette question, car je nâai jamais Ă©tĂ© dans cette situation. Je peux que vous souffler quelques pistes, que jâai appris Ă repĂ©rer, et qui confirment le contraire : on organise plus ou moins seul·e sa tournĂ©e de dĂ©dicaces. On nous propose peu ou pas de salons. On se voit offrir peu et on doit demander pas mal, si on veut quelque chose, parfois mĂȘme des informations. On nâest pas invité·e Ă prĂ©senter son titre aux libraires, ni aux influenceurs partenaires. Si on ne dĂ©marche pas nous mĂȘme, il nây aura pas dâĂ©vĂšnements de sortie.
Le propos de cette lettre nâest pas de me montrer amĂšre, mais je me suis faite la promesse de toujours me montrer honnĂȘte ici, et de vous dĂ©voiler les coulisses de mon parcours dâautrice, dans ses joies comme ses peines. Et en ce moment, la tristesse lâemporte ponctuellement, et ça me semble important que ce type de discours existe dans le paysage francophone. Certaines carriĂšres mettent du temps Ă dĂ©coller. Certaines ne dĂ©collent jamais, dâailleurs, indĂ©pendamment de la qualitĂ© du travail fourni et du contenu des manuscrits Ă©ditĂ©s. Je nâai pas honte de lâautrice que je suis ni des conditions dâaccueil rĂ©servĂ©es Ă mes romans. Simplement, jâespĂšre toujours le meilleur pour mes bouquins, et ça me fait mal quand je rĂ©alise quâils nâauront peut-ĂȘtre pas autant de chances que je ne lâaurais aimĂ© dâatteindre leur public. Je le disais Ă ma thĂ©rapeute (la star incognito de cette newsletter) mais pour moi, sortir un bouquin, ça me donne parfois lâimpression dâhurler dans le vide.
Je le rĂ©pĂšte incessamment ici, du moins, jâen ai lâimpression, mais exprimer des dĂ©ceptions, du chagrin ou de lâaccablement vis Ă vis de son parcours Ă©ditorial, ce nâest pas cracher dans la soupe. Câest simplement une facette de la rĂ©alitĂ© du milieu, et qui, jâen suis convaincue, concerne beaucoup plus dâauteurices quâon ne lâimagine.
Peut-ĂȘtre que je devrais pas en parler ici, de peur de me coller une Ă©tiquette de meuf chiante ou geignarde, auprĂšs de potentiel·les professionnel·les du monde du livre qui pourraient me lire ici, mais câest important pour moi dâĂȘtre transparente.
Je prĂ©cise que je ne nâen veux Ă personne au sein de la maison dâĂ©dition qui Ă©dite ma comĂ©die romantique, et que si jâĂ©cris dâautres titres qui sâinscrivent dans leur ligne Ă©ditoriale, je les leur proposerai en prioritĂ©, et ce, volontiers. Il y a plein de belles choses, de joie et de fiertĂ© dans la sortie de Best Case Scenario, aussi, donc un Ă©dito dont je suis hyper heureuse, une couverture qui me plait infiniment, et une avant premiĂšre au festival du livre de Paris. Ă chaque sortie, quand câest difficile, quand je vacille, je me demande si jâai envie de continuer de publier des romans, la rĂ©ponse est toujours oui. Parce que jâaime Ă©crire, parce que jâai envie dâĂȘtre lue, parce que jâaccepte les rĂ©alitĂ©s commerciales et les logiques du milieu de lâĂ©dition. Le monde du livre se porte dâailleurs, de ce quâon mâa soufflĂ©, pas trĂšs bien en ce moment. Câest plus difficile de placer, de vendre, dâexister - câest un fait, et le souci ne concerne pas que mes bouquins.
Je nâai cependant pas envie de faire semblant, de vous raconter que cette sortie me comble de joie, alors que, le week-end suivant la parution, jâai traversĂ© un Ă©pisode suicidaire. Ne vous inquiĂ©tez pas, je vais bien, je suis suivie, accompagnĂ©e, surveillĂ©e, et coutumiĂšre de ce type de crises, qui sont de plus en plus espacĂ©es, que je comprends de mieux en mieux, et face auxquelles je peux dorĂ©navant mieux rĂ©agir. Je prĂ©cise simplement que quand on a un terreau psy difficile, câest trĂšs Ă©prouvant de sortir des romans, car ça peut venir nous Ă©branler au plus profond de nous-mĂȘme. En tout cas, câest ce que jâai vĂ©cu avec ma duologie, parue en 2024, et qui se reproduit cette annĂ©e. Câest mĂȘme lâun des sujets de Best case scenario, et jâavoue que la luciditĂ© dont je me vante parfois me transperce un peu le cĆur dâune flĂšche empoisonnĂ©e Ă chaque fois que je relis le rĂ©sumĂ© de ma rom com :
âQuelques jours avant la sortie de son premier roman, Valentina saute dans le premier avion venu. Direction Los Angeles, avec pour unique objectif... de fuir - ses responsabilitĂ©s, sa carriĂšre d'autrice qui se dessine, et surtout, son reflet dans le miroir.â
Les peurs de Valentina Ă©taient on ne peut plus cathartiques Ă Ă©crire, croyez-moi đ
Bref, mon roman est sorti, et si tout peut dĂ©coller, si le bouche Ă oreille et une longĂ©vitĂ© inattendue peuvent triompher des premiĂšres estimations⊠eh bien elles ne sont pas bonnes, et câest un fait. Le placement de ma comĂ©die romantique nâest pas fou, avec 54 librairies sur place des libraires (plateforme qui rĂ©fĂ©rence un panel de librairies indĂ©pendantes et permet dâavoir une idĂ©e de comment un roman est diffusĂ© en France). Ce nâest pas un chiffre ânazeâ en soit, certaines ME proposent une prĂ©sence moindre, mais la moyenne de ma maison dâĂ©dition, câest plus 80 librairies rĂ©fĂ©rencĂ©es Ă la sortie sur ce site. Quâest-ce que cela signifie ? Je ne peux que le deviner, mais sans doute que les commerciaux ont moins rĂ©ussi Ă donner envie aux libraires de se positionner dessus et que ces derniers ont moins rĂ©pondu prĂ©sent·es.
Les chiffres de vente auxquels jâai accĂšs sur FilĂ©as (site qui donne accĂšs aux estimations de GFK, souvent en dĂ©calage avec la rĂ©alitĂ©, mais pourtant significatifs) annoncent 63 titres vendus en trois semaines. Certes, mon roman part peut-ĂȘtre comme des petits pains sur les sites de vente en lignes, ou alors en Cultura et espaces Leclerc (non renseignĂ©s sur la plateforme) mais tout juste est-il que ce ne sont pas de bons chiffres de lancement. Mon Ă©ditrice mâa rassurĂ© en mâaffirmant que sur ce type de roman, le vĂ©ritable enjeux serait le poche, mais jâespĂšre surtout que mes chiffres se seront pas trop catastrophiques pour mettre en pĂ©ril la réédition sous ce format.
Vous lâaurez compris, tout est Ă prendre avec des pincettes, Ă mitiger et remettre en perspective, mais ce serait faire lâautruche que de clamer que câest un super lancement. Jâessaie dĂ©jĂ de sourire et de faire bonne figure sur Instagram, pour ne pas plomber lâespace de promotion que jâessaie de continuer dâassurer. Jâai besoin, je crois, dâune soupape de dĂ©compression, rĂŽle que je donne depuis longtemps Ă cette infolettre, et qui me fait beaucoup de bien. CâĂ©tait terrible dâavoir lâimpression de voir la catastrophe se profiler, dâattendre que la vague me balaie, comme Cassian et Jyn dans Rogue One (je ne me suis jamais interdite dâĂȘtre trop dramatique ici, sorry not sorry). Maintenant que câest fait, que jâai bien Ă©tĂ© Ă©branlĂ©e dans mon noyau et mon rapport Ă lâĂ©criture, je me sens dĂ©jĂ mieux, mais jâai aussi lâimpression dây voir plus clair et de pouvoir en tirer une ou deux conclusions.
â€ïžâđ©č Autopsie de soi
Ce serait trop simple de juste dire que le milieu de lâĂ©dition est trop capitaliste (il lâest ; les maisons dâĂ©dition sont des entreprises, qui doivent vendre pour assurer leur survie) et que je suis une pauvre petite autrice dĂ©daignĂ©e. Câest faux. Jâai Ă©cris trois romans, et jâai pu les faire tous publier. Je nâai pas galĂ©rĂ© Ă avoir accĂšs Ă lâĂ©dition, jâai mĂȘme eu deux oui pour Best case scenario trois semaines aprĂšs mes premiers envois. Je bĂ©nĂ©ficie de privilĂšges dâaccĂšs Ă lâĂ©dition, Ă©tant blanche, queer mais en relation hĂ©tĂ©ro, handi, mais avec deux maladies invisibles. Jâai la chance dâĂȘtre publiĂ©e, et jâen ai conscience. Jâessaie de mâen contenter, de me rĂ©pĂ©ter que câest dĂ©jĂ Ă©norme, et que mes romans ont touchĂ© trĂšs fort certain·es lecteur·ices.
Cependant, comme Ă©tabli plus haut, je pense que câest okay dâavoir toujours de lâespoir. DĂ©jĂ , parce que je souhaite le meilleur Ă mes romans et leurs personnages, que jâaime dâamour. Ăa, ça ne changera jamais. Il me faudrait sans doute me convaincre que tout succĂšs serait un incident de parcours, et me reposer sur mes solides bases de cynique, qui ressent souvent tout trop fort. Je tente de me prĂ©server en mettant la barre au sol, je nây suis encore pour le moment jamais parvenue ; lâespoir est humain, il nous fait vivre, et caetera. Câest tarte Ă la crĂšme, mais pas pour autant erronĂ©, comme conclusion ; je suis en train dâĂ©crire un manuscrit qui me rend heureuse et me hype comme jamais, et ce serait mentir que de prĂ©tendre que ça nâa rien Ă voir avec lâespoir quâil soit plus tard publiĂ©, lu et aimĂ©.

Comme je ne compte donc pas arrĂȘter dâĂ©crire et que je nâai pas de bouclier magique pour me prĂ©server de lâavenir, jâai essayĂ© de comprendre pourquoi je nâĂ©tais, et ne serais peut-ĂȘtre jamais autrice de titres Ă enjeux en grosses et moyennes maisons dâĂ©dition. Pourquoi, en somme, je suis, et pourrais bien rester, une autrice âdu milieuâ. Je pense que la rĂ©ponse repose Ă la fois dans ma maniĂšre de naviguer dans ma carriĂšre, plutĂŽt que de la âgĂ©rerâ, mais aussi dans la nature de mes textes.
Je ne pense pas avoir un profil bankable. Jâaime bien communiquer sur les rĂ©seaux, mais ça mâĂ©puise aussi, et jâai besoin de mâen Ă©loigner par moment. Je ne suis pas prĂȘte Ă faire grossir mon compte autrice pour ĂȘtre attractive. Flemme, fatigue, fuite. Les 3 F, quoi. Mais il nây a pas que ça, et ce serait trop facile de faire reposer toute la charge de la preuve sur un coupable Ă©vident. Nan, je pense que le souci repose aussi dans mon rythme de publication. Je le redis, car je le pense toujours : je ne veux pas sortir de romans tous les ans. Dâune, parce que je ne veux pas vivre ce moment Ă©prouvant chaque annĂ©e, mais aussi car, pour prĂ©server ma santĂ©, mentale et physique, jâai besoin de temps pour Ă©crire de bons romans ainsi que pour souffler entre deux projets. Ăa ne changera pas. Sauf accident de parcours, si je termine rapidement des romans dont je suis fiĂšre et me sens prĂȘte Ă les dĂ©fendre au coude Ă coude. On verra.
Je crois simplement sentir que cette frĂ©quence ne joue pas en ma faveur, et que si mon nom revenait plus souvent en librairie, je bĂ©nĂ©ficierai de meilleurs placements. Une amie autrice mâassure que ça peut se construire dans la durĂ©e, ce Ă quoi jâai rĂ©pondu âmouaisâ car jâavais juste besoin de chouiner ce jour-lĂ , mais elle a sans doute raison. Il faut sâarmer de patience, et espĂ©rer (ugh, toujours ce mot) quâil est possible de se faire un nom Ă long terme, que la qualitĂ© de nos Ă©crits finira par payer. Câest simplement Ă©reintant de faire preuve de patience quand mes textes, que jâadore, sont comme vite balayĂ©s sous le tapis Ă leur sortie.
Peut-ĂȘtre que le problĂšme concerne aussi la nature mĂȘme de mes textes, Ă cause de la mienne. JâĂ©cris dans des genres populaires (la comĂ©die romantique, la fantasy, la romantasy), mais je crois que je le fais de maniĂšre assez⊠niche ? Sans faire exprĂšs, bien sĂ»r. Je nâai pas consciemment choisi dâĂ©crire des rĂ©cits trĂšs introspectifs, tout comme de prĂ©senter des personnages souvent sur le spectre asexuel et neuroatypiques. Avant dâavoir mon diagnostic, câĂ©tait mĂȘme trĂšs inconscient, sur ce deuxiĂšme point. Mais quand jâai relu des passages de mes romans, aprĂšs le double diag autisme/TDAH posĂ©, je me suis rendu compte que ma propre neuroatypie influençait la psychĂ© de mes protagonistes et la maniĂšre dont leur flux de pensĂ©e se dĂ©roulait. Je serais sans doute incapable dâĂ©crire un personnage neurotypique, tout comme de raconter lâamour, un sujet qui mâobsĂšde, en me concentrant sur lâattirance physique pure et exclusivement hĂ©tĂ©rosexuelle. Je nâai pas envie, de toute maniĂšre, de prĂ©tendre que je suis quelquâun que je ne suis pas dans la vraie vie, et encore moins dans mes Ă©crits.
Je pense simplement que ma queerness et ma neuroatypie se ressentent dans mes Ă©crits. Que ce qui mâa souvent fait me sentir Ă lâĂ©cart transpire dedans. Je sais quâil y a un vrai besoin, une demande pour ces textes, que des lectrices mâont dit Ă quel point câĂ©tait prĂ©cieux de trouver des protagonistes bisexuels et demisexuels. Peut-ĂȘtre que jâaurais plus de âchanceâ de me dĂ©marquer en Ă©crivant des relations lesbiennes (et encore, on sait Ă quel point le milieu Ă©dito reste lesbophobe), mais Ă©tant en couple hĂ©tĂ©ro depuis plus de dix ans, jâestime que ce nâest pas forcĂ©ment ma place, et que ce que je raconte le mieux, ce sont les relations entre un homme et une femme, dont au moins un, voir les deux, sont queers. Jâaurais peut-ĂȘtre envie un jour dâexplorer la littĂ©rature lesbienne, et je ne me ferme pas cette porte, mais les personnes bisexuelles et/ou ace en couple dâapparence hĂ©tĂ©rosexuels se font trop effacer et nier, dans la culture comme dans la vie. Je pense que ces reprĂ©sentations sont importantes, et que, tout comme le discours que jâessaie de dĂ©rouler sur le genre au fil de mes textes, avec des personnages avant tout humains, plutĂŽt que dĂ©finis par les carcans de comment un homme ou une femme devraient se comporter.
â€ïžâđ©č Aller de lâavant
Et que faire de tout ça ? Accepter, sans doute, que je suis une autrice ânicheâ.
Jâai senti dans les reviews de certaines partenaires de ma maison dâĂ©dition que mĂȘme si ma comĂ©die romantique prĂ©sentait un couple hĂ©tĂ©ro, lâomniprĂ©sence de personnages queers (plus dâun, vous imaginez !) autant secondaires que principaux, car oui, mon hĂ©roĂŻne et bisexuelle et demi, et mon hĂ©ros aussi, pour le second point, les dĂ©rangeait un peu. Jâai lu des trucs Ă©tranges dans des chroniques, comme âles personnages sont originaux, mais je ne me suis pas sentie concernĂ©eâ, que je surinterprĂšte peut-ĂȘtre, mais qui mâont mis la puce Ă lâoreille. Rien ne me permet dâaffirmer, par ailleurs, que ce sont ma queerness et ma neuroatypie qui font de mes romans des objets difficiles Ă marketer ou Ă aimer pour une partie du public, mais jâai perçu une certaine crispation dans les retours de cette partie du public, qui nâest pas forcĂ©ment mon cĆur de cible. Ce nâest quâune supposition de ma part, mais jâai compris que câĂ©tait une part de moi que je ne voulais plus jamais cacher ou nier, et je compte continuer dâĂ©crire dans cette lancĂ©e quoi quâil en soit.
La preuve, mon prochain manuscrit est peut-ĂȘtre le plus niche de tous ceux que jâai Ă©crits. Peut-ĂȘtre que les Ă©motions que je traverse Ă chaque sortie mâaident Ă mieux mâassumer, finalement. Je travaille actuellement sur un roman en discours rapportĂ© qui dĂ©joue les tropes vampiriques, parle dâabus, de survie au prix de son individualitĂ©, de peur de ne jamais pouvoir ĂȘtre aimĂ© pour qui lâon est, et dâasexualitĂ©. Jâen parle ici, si ça vous rend curieux·ses ! Câest un hommage vibrant au jeu de rĂŽle, aussi, et je pense que ma prochaine rom-com se passera dans le milieu de lâactual play de jdr, et tournera autour du stream et des jeux vidĂ©os, malgrĂ© lâaspect dĂ©jĂ trop geek de Best case scenario, soulignĂ© dans quelques reviews. Ăa me plait, ça me motive, et câest ça qui compte, au fond, plutĂŽt que de chercher Ă rĂ©aligner mes textes pour coller au marchĂ©.
Jâai trop fait semblant. Tant pis si mes romans me prĂ©sentent comme la weird kid que je suis et que jâai toujours Ă©tĂ©. Tant pis si jâai lâimpression que quand on les rejette, on met aussi Ă lâĂ©cart la gamine bizarre qui vit encore en moi. Je ne sais pas Ă©crire autrement que pour me faire vibrer, et si câest mon plus gros dĂ©faut dâautrice, eh bien quâon me colle un procĂšs, je me rendrais volontiers au tribunal, avec Matt Murdock comme avocat.
Peut-ĂȘtre que je connaĂźtrai jamais le âsuccĂšsâ, si ce dernier est vraiment quantifiable au sein dâune profession oĂč on nous pousse Ă en vouloir toujours plus, et oĂč quelquâun rĂ©ussira toujours mieux que nous.
Peut-ĂȘtre aussi que je serais un jour reconnue, justement pour la nature de mes textes. Je lâaccepte dans les deux cas, et pour le moment, jâessaie de prendre des dĂ©cisions qui me permettront de trouver toujours autant de plaisir dans lâĂ©criture, malgrĂ© les moments difficiles. Rien nâest gravĂ© dans le marbre, mais je compte me tourner vers des plus petites maisons dâĂ©dition pour mes prochains textes dâimaginaire. Ăa ne mâintĂ©resse pas forcĂ©ment, dâĂȘtre en librairie pour dire de, si je nâai pas lâimpression que mon texte est soutenu. Je crois que jâai besoin dâun suivi et dâun accompagnement plus humain, et que si mes romans floppent, je puisse me dire quâon a au moins mis toutes les chances de leur cĂŽtĂ©. Quâon les a aidĂ© Ă atteindre le public pour lequel ils sont fait, car je sais que je ne suis pas seule Ă qui ces textes manquent. Pour les contemporain, jâai du mal Ă pointer des structures de cette taille qui mâintĂ©ressent, et on me rĂ©pĂšte quâune romance peut se vendre toute seule en librairie (Ă voir, donc, le jury dĂ©libĂšre encore, jusquâĂ ma prochaine reddition de compte). Alterner ces deux options mâapparait pour le moment comme un plan viable, que je vais tester, et comme dâhabitude, je vous tiendrai au courant !
Merci en tout cas aux personnes qui ont lu et aimĂ© Best case scenario, je fais que grogner ici mais vous mâavez Ă©normĂ©ment rĂ©chauffĂ© le cĆur â€ïž
Enfin, merci de mâavoir lue et toutes mes excuses pour le ton un peu moins fun de cette lettre, plus pragmatique que dâautres numĂ©ros, mais aprĂšs tout, je suis nĂ©e en mai, et donc taureau. Il faut bien parfois que mon soleil lâemporte sur ma lune en cancer, mon ascendant poisson et ma vĂ©nus en gĂ©meaux !
CĂŽtĂ© actualitĂ©, Best Case Scenario est sortie le 07 mai, et câest une comĂ©die romantique, un peu geek, un peu cinĂ©ma, rĂ©solument queer (mĂȘme si la relation centrale est hĂ©tĂ©ro), toute douce et rigolote (jâespĂšre !!).
Vous pouvez aussi me découvrir en imaginaire, avec ma romantasy en deux tomes chez Nisha et caetera, La SorciÚre et le Projecteur.











Je viens de lire ta newsletter en hochant la tĂȘte Ă presque chaque paragraphe, en mode "je comprends tellement, moi aussi je vis ça"... Sauf que mon roman (sorti en avril) est dans 53 libraires đ
Pas facile la vie d'autrice... pour cet aspect de la diffusion et de la visibilitĂ©, je crois que je prĂ©fĂšre l'AE, pas parce que je fais mieux que ma maison d'Ă©dition (elles sont super et sont Ă l'Ă©coute), mais parce que quand je tiens les rĂȘnes, je me sens moins frustrĂ©e quand la visibilitĂ© n'est pas au rdv.
Bon courage pour la suite et surtout bonne Ă©criture đ
Cette infolettre me parle Ă©normĂ©ment, je me retrouve beaucoup dans tes rĂ©flexions et rĂ©actions. J'Ă©cris moi aussi de prĂ©fĂ©rence de la romance M/F, car c'est ce dont j'ai l'expĂ©rience, mais un des protagonistes est souvent aroace comme moi, ou parfois bi/pan. Ă ma connaissance, je ne suis pas neuroatypique, mais j'ai toute ma vie Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme quelqu'un de bizarre et eu du mal Ă me lier aux autres (en tout cas, les autres semblent avoir du mal Ă se lier Ă moi; moi, j'admire et m'entiche trĂšs facilement des gens!). Alors, c'est effectivement difficile de ne pas se demander si mes livres sont, peut-ĂȘtre, trop "bizarres" ou diffĂ©rents du mainstream pour plaire au plus grand nombre... (Et đŻ pour le rythme de publication, je suis pareille.)
Vraiment dĂ©solĂ©e de lire ce que tu as traversĂ© aprĂšs la sortie; ça ne m'arrive plus trop pour ma part, mais j'ai fait de la dĂ©pression/eu des idĂ©es suicidaires pendant des annĂ©es, donc je connais bien ça. Et j'ai dĂ» arrĂȘter les rĂ©seaux sociaux il y a quelques mois en me rendant compte que ça rĂ©activait un peu trop ces vieilles tendances et blessures que je croyais avoir laissĂ© derriĂšre moi...
Bref, merci pour ta vulnĂ©rabilitĂ©, et je te souhaite plein de courage pour la suite. D'ailleurs, si je peux te transmettre un peu de mon optimisme, mĂȘme si je comprends trĂšs bien ton raisonnement et tes pensĂ©es, je crois trĂšs fort que ce que tu as connu pour l'instant n'est aucunement indicatif de l'avenir. Le succĂšs est basĂ© sur une myriade de facteurs, dont beaucoup sont complĂštement hors de notre contrĂŽle. La majoritĂ© des titres qui sortent ne se vendent pas particuliĂšrement bien; c'est statistique et ça n'a que peu Ă voir avec toi ou le potentiel de tes livres. (J'imagine que tu le sais, mais c'est parfois bon de se le faire rĂ©pĂ©ter.)
à part ça, ton dernier roman m'intéresse particuliÚrement, mais Amazon me dit qu'il ne sort que le 11 juin ici (je suis au Québec). Je l'attends donc de pied ferme!